Collection érotologie

Nul ne doute plus aujourd’hui, même en France, que les études féministes, gaies et lesbiennes, les gender studies et, plus récemment, la queer theory constituent un champ qui s’est imposé à côté du champ freudien, parfois avec lui, d’autres fois contre lui. Ce champ a pris son essor dans un pays, les États-Unis, et à une époque où la psychanalyse, comme desséchée sur place, se recroquevillant sur ses propres racines « freudiennes », s’était elle-même rendue prisonnière de la psychiatrie et d’un souci marqué d’adaptabilité sociale.

Est-ce à dire que l’un quitte la scène quand l’autre vient l’occuper ? Ce n’est pas si simple, et tout d’abord pour cette raison que si certains problèmes étudiés paraissent communs, pour le moins se croisent, d’autres sont dans une disparité telle que l’idée d’une concurrence perd tout sens.

Entrepris depuis maintenant une dizaine d’années, l’accueil en France des travaux susdits (à commencer par leur traduction et publication), supplémenté de travaux nouveaux venus, pose un problème inédit qui concerne, il est vrai différemment, les deux champs mais qui ne sera pas sans conséquences sur chacun. L’enjeu d’une telle transplantation va bien au-delà de l’Hexagone.

Bien des transformations devront être apportées à ce que véhicule le champ freudien, bien des préjugés levés, bien des « savoirs » déconstruits. Tel apparaît déjà le prix à payer pour que prête à conséquence la connivence des deux champs, leur commune résistance à ce que le social, aux États-Unis comme en France, tente d’imposer à chacun au titre de la norme ou, plus simplement, du bon sens.