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La rumeur se gobe. D’un trait d’esprit on rit. D’un bon mot on débat… après en avoir souri. Depuis l’Antiquité, le bon mot est reconnu comme faisant enseignement. Il n’est pourtant pas dans le droit-fil d’un enseignement officiel. Son lieu est la marge. On trouvera dans – Allô, Lacan ? – Certainement pas, quelques 321 bons mots de Lacan classés selon cinq rubriques : pratique analytique, présentation de malade, pratique du contrôle, histoire du mouvement psychanalytique, rencontres. |
Préambule de la première édition (1988)
Pour le psychanalyste la loi est différente [du «rendez à César
ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu»] ; elle est :
rendez à la vérité ce qui est à la vérité
et à la connerie ce qui est à la connerie.
Eh bien ce n'est pas si simple ! Parce qu'elles se recouvrent
et que, s'il y a une dimension qui est là, propre à la psychanalyse,
ce n'est pas tant la vérité de la connerie que la connerie de la vérité.
Jacques Lacan, Séminaire du 22 nov. 1967
Ce livre atteste de la pratique analytique de Jacques Lacan mais indissociée du frayage de sa doctrine. Dans cette tension d'une pratique et d'un enseignement, il se trouve que la pratique déborde le cadre du privé, où pourtant elle se situe largement, et fait elle-même enseignement. Dans l'école, des bruits circulent à son propos, « bavardages » si l'on veut, voire « commérages », mais auxquels on prête l'oreille. Ils suscitent l'intérêt de chacun, non réductible à une complaisance mal à propos.
Pourtant, il ne s'agira certes pas de toute une pratique, et pas simplement parce qu'une bonne part de ce qui la constitue ne se dit pas ouvertement ailleurs que là où elle s'exerce. C'est aussi que l'exigence totalisante d'une exhaustivité est d'autant moins ici notre affaire que les témoignages rassemblés ont été élus comme relevant exclusivement d'une certaine veine, celle du bon mot.
Qu'entendre par « bon mot » ? Hormis certains champs où la vérité n'intervient plus que contenue, réduite, par exemple, à n'être qu'une valeur opposée au faux, la voici donnant toutes les preuves d'une singulière déficience. La chose est on ne peut plus claire dès lors qu'il s'agit de la vérité du sexuel ; là, plus manifestement qu'ailleurs, ce dont elle subit l'incidence se trouve susceptible d'être désigné par son nom de connerie..., dont Lacan fit un concept. Connerie et vérité se recouvrent, ça ne manque guère, dès lors qu'un sujet, dit « homme » ou « femme », aborde le rapport sexuel. Il se figure la faire jouir : connerie, et qui peut aller jusqu'à le faire verser dans l'impuissance ; elle s'imagine pouvoir valoir pour toutes les femmes : connerie, et qui la promeut, d'aventure, une égérie d'un Don Juan de banlieue.
La difficulté, pour l’analyste, reste d'isoler, de distinguer la vérité de chacune de ces conneries singulières, ce d'autant plus qu'à être touchée du doigt, il n'est pas acquis par avance que cette vérité se présente désormais comme « pas si conne ». Mais, quoi qu'il en soit du point de chute, il semble bien que l’analyste n'ait pas le choix, et Lacan formule la loi de son intervention sous la forme d'un « à chacun son dû » : à la vérité sa structure de fiction, à la connerie sa fonction de dé-connaissance. Or, comment opérer cette partition ? Voici ce qui suit le texte ci-dessus choisi pour exergue :
Pour vous suggérer ce dont il s'agit, je prendrai un exemple. Un jour j'ai recueilli, de la bouche d'un charmant garçon qui avait tous les droits à ce qu'on l'appelle un con, l'anecdote suivante: il lui était arrivé une mésaventure, il avait rendez-vous avec une petite fille qui l'avait laissé tomber comme une crêpe.
— J'ai bien compris – me dit-il – qu'encore une fois, c'était une femme de non-recevoir.
Il appelait ça comme ça !
Qu'est-ce que c'est que cette charmante connerie (car il le disait comme ça, de tout son cœur) ? Il avait entendu se succéder trois mots; il les appliquait. Mais supposez qu'il l'ait fait exprès, ce serait un trait d'esprit. A la vérité le seul fait que je vous le rapporte, que je le porte au champ de l'Autre, en fait un trait d'esprit.
Effectivement c'est très drôle pour tout le monde sauf pour lui et pour celui qui le reçoit, face à face, de lui. Mais, dès qu'on le raconte, c'est extrêmement amusant ; de sorte qu'on aurait tout à fait tort de penser que le con manque d'esprit—même si c'est d'une référence à l'Autre que cette dimension s'ajoute.
On appellera bon mot une séquence discursive bouclée à la façon du mot d'esprit mais avec laquelle, par-delà ce bouclage, la partition entre vérité et connerie reste partiellement non-effectuée. Ceci situe le bon mot entre deux limites : le Witz freudien et l’absence de tout « esprit ».
Le bon mot n'est pas exactement le Witz, lequel se situe à sa limite supérieure. L'exemple ci-dessus (le « femme de non-recevoir ») est susceptible d’atteindre cette limite. Il y a un virage au mot d'esprit de ce qui n'est, dans le temps de son énonciation, un mot d'esprit ni pour qui le profère, ni pour qui le reçoit « face à face ». Cette littéralisation d'un littoral tient au fait que le tel quel d'une certaine séquence discursive se trouve rapporté. Il reste qu’une telle mue n'est pas possible pour chaque bon mot, quand bien même quelque chose dans la structure du bon mot, comme dans celle du mot d'esprit, pousse quiconque l'a ouï à en faire part à son tour.
Un autre cas, lui aussi rapporté par Lacan, est susceptible d'éclairer ce qui donne au bon mot sa limite inférieure. Il est ici même d'autant plus bienvenu qu'il s'agit du « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », modèle lacanien pour la partition vérité/connerie. Sept ans avant que la formule ne serve de moule pour l'explicitation de la loi discriminant vérité et connerie, Lacan en donne un commentaire, la qualifiant de « formidable joke ». Un joke ? Really ? Il est clair que pour tout un pan de la population qui se nourrit de cette formule, qui la promeut comme une règle de vie, il ne saurait être question de l'accueillir ainsi qu'un mot d'esprit, encore moins une plaisanterie. Pas même un trait d'humour : on ne parle pas de corde dans la maison d'un pendu, on n’y fait pas remarquer que la corde est le soutien du pendu. Il faut tout un commentaire tel celui de Lacan, il faut une inscription préalable dans la problématique qu'il est en train de frayer pour donner ou redonner à la formule christique sa portée de joke. Il faut aussi, notons-le d'autant plus soigneusement qu'il y a là un point d'ancrage du transfert, qu'elle soit dite telle par quelqu'un. Ainsi Joyce désigne-t-il à son lecteur telle historiole qu'il lui rapporte comme étant une épiphanie. Et cette nomination peut changer la lecture, comme nous l'assure d'emblée son incidence la plus immédiate ; sans elle, en effet, il n'est pas exclu que le lecteur n'y voie que du feu.
Noter comme nécessaire au bon mot une inscription préalable de celui à qui on le rapporte dans une certaine problématique, est-ce reprendre purement et simplement en compte ce que déjà Freud transcrivait en remarquant que tout mot d'esprit n'est tel que pour un certain public ? Oui, mais pas exactement.
Dire, comme l'avance Freud, que chaque mot d'esprit a « son public » revient à reconnaître qu'il n'y a pas de mot d'esprit universel. Il s'ensuit que la différence entre mot d'esprit et bon mot n'est pas de nature mais d'accent. L'un et l'autre mettent en jeu les mêmes éléments mais ces éléments ne s'y trouvent pas accentués de la même façon. L'homophonie fin/fem, dans le premier exemple mentionné, le fait admettre comme mot d'esprit (pour autant que l'historiole soit rapportée à un certain public). Le bon mot, en tant qu'il ne bénéficie habituellement pas de cet appoint d'un jeu proprement symbolique, exige de son public non pas simplement qu'il soit dans le coup (le public du mot d'esprit l'est également, partageant la même inhibition que celle qui habite son inventeur) mais qu'il ait mis du sien dans une certaine problématique où le primat ne revient pas nécessairement au symbolique mais, dans tel cas à l'imaginaire, dans tel autre au réel.
Comment a-t-on la preuve de ce que Jésus-Christ était bien juif ? Cette preuve est un faisceau à quatre brins: 1 ) Il a commencé à travailler chez son père. 2) Il a quitté très tard le domicile familial. 3) Il pensait que sa mère était vierge. 4) Sa mère croyait qu'il était Dieu. Cette séquence discursive est un bon mot, mais pour ceux-là seuls qui sont avertis d'un certain nombre de déterminations imaginaires et réelles du judaïsme. De même cette question, posée par une fillette juive à sa mère, qui se racontait, à Vienne, au temps de Freud et que d’aucuns pourraient accueillir comme une pure connerie : « Dis, maman, les gentils aussi font un sapin, chez eux, à Noël ? ».
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Quels ordres de discours donnent plus particulièrement lieu au bon mot ? On se contentera d'une réponse partielle en notant la très singulière propension du bon mot à survenir là où se trouve produit un véritable enseignement. Un tel enseignement – il fait école – fraye une problématique inédite, créant ainsi un certain trou au bord duquel fleurissent, mal dissociées, vérité et connerie. Là spécialement surviennent non pas tant des mots d'esprit mais des bons mots.
Or il est historiquement attesté que de tels bons mots ont une fonction de transmission de l'enseignement qui a creusé leur lieu. S'intéresse-t-on aujourd'hui au statut de la maladie de l'âme dans l'Antiquité, on ne peut faire autrement que de reprendre, pour les discuter à nouveau (les stoïciens, entre autres, les avaient mille fois commentés), un certain nombre de bons mots qui nous ont été transmis depuis la plus haute Antiquité. Ainsi Cicéron nous rapporte-t-il que :
Dans une réunion, Zopyre, qui se vantait de percevoir la nature de chacun par sa physionomie, comme il avait attribué beaucoup de vices à Socrate, fit rire toute l'assistance qui ne retrouvait point ces vices en lui ; mais il fut sauvé du ridicule par Socrate lui-même qui lui dit qu'il avait bien ces vices innés en lui, mais qu'il s'en était débarrassé par la raison.
Il y a bon mot en ce que l'intervention de Socrate fait basculer la connerie chez ceux qui riaient (ses « élèves » ou en tout cas ceux qui l'avaient à la bonne) alors qu'elle était censée se trouver, au départ, dans celui dont on riait (le trouble-fête, l’hérétique), le discours de ce dernier se trouvant, du coup, ramené au partiel mais aussi au partial de sa vérité – tandis que Socrate, une fois de plus, tire son épingle du jeu. Mais qu'il tire ainsi son épingle du jeu n'implique pas que sa réponse n'ait pas été reconnue comme ayant une portée d'enseignement. Elle le fut, elle l'est encore deux mille ans plus tard.
Que saurait-on de l'enseignement d'un Zénon si Diogène Laërce ne nous avait rapporté les bons mots du fondateur du Portique ? Aurait-il pu négliger de le faire ? Justement non. Pour autant que l'enseignement de Zénon lui importait, une telle « négligence » était exclue : il importe qu'un bon mot soit porté au champ de l'Autre.
Tel le champignon sur la mousse, le bon mot émerge là où un enseignement fait école. Quelle que soit l'importance des textes « officiels », ceux qui font référence pour cet enseignement, immanquablement des récits de bons mots l'accompagnent. Tout se passe comme si les bons mots apportaient un éclairage qu'eux seuls pouvaient faire valoir. Ainsi l'école philosophique de Tübingen a-t-elle suscité de fort vifs débats en soutenant la thèse selon laquelle l'enseignement de Platon étant essentiellement oral (d'ailleurs comme tous ceux des écoles antiques) l'«on-dit» des bons mots de Platon devait être reconnu comme la voie privilégiée pour quiconque souhaite y avoir accès, tandis que les Dialogues devaient être lus non plus comme représentant le platonisme lui-même mais comme des textes écrits à usage externe à l'école, à l'adresse des non-initiés auxquels l'essentiel de ce qui était enseigné ne pouvait être dit. S'agissant de l'enseignement de Lacan et des bons mots auxquels a donné lieu sa pratique, nous sommes ici loin de soutenir une thèse aussi radicale, nous limitant à prendre acte de cette survenue de bons mots, du caractère inédit et irremplaçable de l'éclairage frisant qu'ils apportent sur un enseignement qui n'est pas tout entier là où il s'officialise d'ailleurs non sans cette distance que donne l'ironie (maints traits de Lacan la manifestent, à commencer par son mot de « poubellication »). Cette incidence des bons mots à l’endroit de l’enseignement n'est pas propre à l'Occident : le confucianisme, le légalisme chinois ne négligèrent nullement les bons mots pour leur transmission.
L'école de Freud ne fit pas exception, et Lacan y prit appui en des points nodaux de sa lecture de Freud. Il se fit lui-même rapporteur du célèbre « Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste », qui aurait été dit par Freud à Jung sur le chemin de la « conquête » des Etats-Unis (comme il n'y a pas d'autre attestation de ce fait, les « méchantes » langues s'empressent de suggérer que Lacan l'a purement et simplement inventé. Passons pour l'instant sur ce problème de l'attribution pour relever que le souci d'une exacte transcription du bon mot, de sa littéralité, s'avère une incidence essentielle puisque c'est de son texte même que dépend son interprétation, celle qui fut donnée par le même Lacan : « ils ne savent pas » ? Eh bien... oui, ils ne le savent pas, ils ne le savent toujours pas ! Tel est l'effet crasse de l'ignorance).
Parfois le circuit de l'«on-dit» du bon mot reste plus mystérieux. Ainsi du fameux Was will das Weib ? que Jones aurait recueilli d'une bouche qui l'aurait recueilli de la bouche de Freud. Le remarquable est qu'une telle sentence soit commentée jusqu'à plus soif alors même que le fait que Freud l'ait proférée n'est pratiquement pas mis en question. Qu'est-ce qui rend parfois – et même dans la plupart des cas – évidente, pour tout un chacun qui se trouve être dans le coup, l'attribution du bon mot ? Qu'est-ce qui fait croire à chacun que si Freud ne l'a pas dit, eh bien, il aurait en quelque sorte pu (sinon dû) le dire (!), que c'est donc bien une assertion freudienne, qu'il n'y a pas à pousser l'enquête plus loin, à jouer au policier là où on est par Freud questionné et, peut-être bien, en tant qu'analyste ? Freud lui-même attribue à un bon mot entendu de Breuer, Charcot et Chrobak sa découverte que « ce n'étaient pas n'importe quelles motions affectives qui étaient à l'œuvre derrière les phénomènes de la névrose ». Ce n'est pas dans l'enseignement officiel de ces autorités qu'il tombe sur l'importance de la sexualité mais dans ce qui, à côté, a le statut d'un bon mot. Des doses répétées de pénis normal ne sont certes, en tant que telles, jamais venues à bout de symptômes hystériques ; en ce sens le bon mot est une connerie. Encore fallait-il prendre au sérieux la vérité de cette connerie, ce que Freud put faire alors même qu'il nous dit, des autorités qui l'avaient mise en circulation, qu'elles « n'étaient [pas] prêtes à [la] soutenir ».
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Ce livre recueille quelques cent trente-deux (1, 2 et 3, mais pas dans « le bon » ordre, le 2 ne s'atteignant qu'avec, qu’après le 3) bons mots non pas nécessairement de Jacques Lacan mais avec Jacques Lacan : chacun l'implique d'une certaine façon, le situe à une certaine place, façon et place dont il n'y a aucune raison de supposer qu'elle serait la même pour tous.
De fait, dans le temps qui fut celui du frayage de l'enseignement de Jacques Lacan, le bon mot circule, notamment dans l'école. Ainsi la publication de ces 132 bons mots ambitionne-t-elle d'avoir sa part, limitée, mais à notre sens non négligeable, dans la prise en compte aujourd'hui du frayage de Lacan. Il est clair que la communauté analytique (si pareille entité existe) se trouve au premier chef concernée. Et comme cette communauté fut, dès son départ, déjà impliquée dans ce frayage, on ne s'étonnera pas qu'il s'agisse ici non d'un Lacan solitaire comme on s'est complu à le vouloir (dira-t-on un jour dans quel intérêt ?) mais de la différence de potentiel produite entre un enseignement en cours d'élaboration et une pratique effective et maintenue non absolument identique à elle-même au cours des années.
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Rassembler quelques bons mots survenus du fait de cette tension pose deux problèmes liés, tout d'abord celui de la détermination de ce qui est bon mot et de ce qui ne l'est pas, ensuite celui de leur authenticité.
On sait que Freud, pour son travail sur Le mot d'esprit et ses rapports avec l'inconscient avait défini son corpus d'une manière dont on admire l'élégance ; est mot d'esprit, disait-il, ce que je considère comme tel. S'agissant ici non exclusivement de Witz mais de bons mots, un tel critère ne pouvait être le seul retenu. On a donc choisi, le champ du bon mot allant du mot d'esprit à l'épiphanie, de n'admettre comme bon mot que ce qui circula comme tel. Cette condition a donc été reçue comme nécessaire et suffisante : qu'il ait été fait récit de ce dont on fait ici le récit.
Ce critère, opératoire pour les parties I (pratique analytique, 57 bons mots), III (pratique du contrôle, 15 bons mots), IV (histoire du mouvement psychanalytique, 32 bons mots) et V (rencontres, 8 bons mots), ne l'est pas pour la partie II, consacrée aux présentations de malade (22 bons mots). Ici, le collecteur intervient souvent en première ligne, faisant valoir telle séquence discursive comme étant, de son point de vue, un bon mot. Ces séquences n'ont donc pas encore donné la preuve de leur potentialité à être portées, comme bon mot, au champ de l'Autre. S'en étonnera-t-on s'agissant, comme c'est le cas le plus fréquent, de psychose ?
La bâtardise du bon mot, son exigence d'un public qui soit dans le coup, a réclamé que la publication de certains d'entre eux soit accompagnée de notes non pas explicatives mais fournissant quelque balise de façon à ce que le lecteur peu ou même mal averti puisse trouver l'incidence à partir de laquelle l'historiole apparaît bien être un bon mot. Déjà le nom donné à la présentation de chacun des bons mots a, de nombreuses fois, cette portée de balise. Les autres lecteurs pourront négliger ces discrètes « explications », voire se faire un plaisir de les contester.
Il en est du bon mot comme de l'anamorphose ; ce qui se figure n'est repérable que si le sujet peut accepter, sans trop s'éprouver persécuté, de se situer au point exact qui lui est désigné comme étant le point d'où le tableau doit être vu. Cette analogie rendra compréhensible qu'on ait opté pour une différenciation tranchée entre les notes et le récit du bon mot, lui épuré autant qu'il se pouvait de tout élément explicatif.
Le problème de l'authenticité de chacun des bons mots, hormis le cas II, se laisse facilement résoudre une fois réglé celui de sa sélection. Il aura été rapporté comme un bon mot avec Lacan, il est donc authentifié puisque reconnu tel par la chaîne de ceux-là mêmes qui s'en sont faits les successifs rapportants.
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Un mot, un mot lui pas non plus particulièrement de bonté, à qui se reconnaîtrait protagoniste de tel bon mot. Sachez qu'on ne rit pas ici de vous mais avec vous, que ce rire est la plus sérieuse façon d'admettre que c'est avec raison que vous avez versé ce bon mot dans le Navire-night (comme l'appelle Marguerite Duras) de l'«on-dit» en notre champ.
S'il s'agit de recevoir une leçon – et il s'agit aussi de cela, depuis Freud, avec le rire lui-même – elle sera, plus que de quiconque, le fait du bon mot.
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Qu'en est-il du bon mot lorsque viennent à être nommées les trois dimensions, réel, symbolique, imaginaire, de l'être parlant ? La mise au jour par Lacan de ce ternaire modifie-t-elle, comme l'a déjà fait l'épiphanie joycienne, notre appréhension de ce qui fait – ou ne fait pas – bon mot ? A cette dernière question le présent recueil sera, disons plutôt serait – puisque cela dépend du lecteur – une réponse de fête.

